EPHEM NOUS EN DIT PLUS …..


LES RADIOS LOCALES ( # 4 )

par EPHEM

TRUCS ET ASTUCES

J’ai évoqué précédemment le fait que le seul vecteur de musique dans les 80 était le vinyle. En régie nous étions amenés à manipuler constamment des disques, les choisir, les positionner sur une platine, les diffuser soit 3 minutes de musique en moyenne, et préparer le suivant pendant ces 3 minutes.

Question : Vous êtes-vous demandé comment on parvient à faire démarrer à la seconde près la musique à partir d’un disque vinyle? De nos jours, c’est un jeu d’enfant que de caler le début d’une plage musicale avec les lecteurs de CD utilisés par les DJ, lecteurs sur lesquels on peut même faire varier la vitesse de lecture ! C’est également très facile avec un fichier MP3 stocké sur un PC ou une clé mémoire. Oui, mais avec un disque vinyle ? Eh bien, y a un truc ! J’vous explique…

Dans les années 60 au cours d’une visite des studios de Radio-Andorre, attiré par la technique plutôt que par les animateurs derrière leur micro, j’observe l’homme de la régie qui manipule les disques et la méthode qu’il emploie. Je vous la détaille maintenant.

Sur une table de lecture il y a généralement un contacteur qui fait que dès qu’on met le bras sur le disque, le plateau se met à tourner : il faut supprimer (ou by-passer) ce contacteur. Entre le 220v et le moteur, on intercale un interrupteur « marche / arrêt » dans un boîtier placé à côté du pick up.

1/ Couper l’alimentation 220v via l’interrupteur. Placer un disque sur le plateau. Sur l’entrée de la table de mixage dédiée à ce pick up, mettre cette entrée en mode « pré-écoute », le signal délivré par le pick up est détourné du mixage pour arriver sur un petit ampli auxiliaire relié à un casque audio qu’il faut avoir sur les oreilles.

2/ Placer la pointe de lecture sur le disque. Faire tourner le plateau à la main en mettant le doigt sur le pourtour du plateau. Dans le casque si on entend un « wooouuaaa…. » c’est qu’on est au début de la musique, on revient en arrière, en avant, pour bien localiser le début de la plage musicale. Cet endroit étant bien déterminé, on recule d’1/3 de tour pour un 33 t (1/4 de tour pour un 45 t) et évidemment on laisse la pointe de lecture sur le disque !

3/ On supprime le mode « pré-écoute » au niveau de la table de mixage, le disque est calé, prêt à partir. Attention, pas de chocs ou vibrations à proximité qui feraient sauter le bras !

4/ Une fraction de seconde avant de « lancer le disque » on bascule l’interrupteur sur « marche », le plateau se met à tourner, dans le même temps on monte le curseur du potentiomètre plus ou moins vite selon l’effet recherché. C’est parti et on se préoccupe déjà du disque suivant …

Voilà la méthode que j’ai préconisée et qu’un bon nombre d’animateurs ont utilisée à leur tour. Bien que paraissant fastidieuse, cette méthode autorise un tempo assez dynamique pour une émission dans le style DJ .Elle n’est pas obligatoire et on peut toujours lancer un disque en mettant le volume assez bas puis, en entendant la musique, à monter le niveau pour réaliser un « fondu » avec ce qui précède.

Toujours dans les studios de Radio-Andorre, je me souviens de la démonstration d’un montage réalisé sur bande magnétique, bande coupée physiquement au cutter, certains fragments obtenus étant collés bout à bout, pour être montés et diffusés sur un Revox Pro tournant à 19 ou 38 cm/sec !  Un tel montage serait obtenu de nos jours avec l’aide d’un micro-ordinateur doté d’un logiciel manipulant de façon virtuelle des fichiers MP3 à la demi-seconde près.

LES JINGLES

Un matériel comme celui-ci nous aurait sérieusement facilité la réalisation des jingles. Jingle, jingle, Mais non, je ne parle pas de la jungle, de son livre et de Baloo ! Jingle avec un I et non un U. Mais peut-être devrais-je remplacer « jingle » par « virgule sonore » comme préconisé par les autorités qui demandent aux radios locales de s’annoncer une à deux fois par heure. Avec les moyens du bord, on improvise et on fabrique des « virgules » plus ou moins réussies, plus ou moins percutantes et on les enregistre les unes à la suite des autres sur un petit magnétophone à cassette. De nos jours, les virgules sont mémorisées dans une « boîte à jingles » sous forme de fichiers MP3.

UNE NOUVELLE TABLE DE MIXAGE

Elle n’est pas neuve mais en bon état, elle va augmenter nos possibilités en régie grâce à ses 12 entrées, chacune étant munie de correcteurs grave / aigu et du système de pré-écoute. L’équipe technique (dont je fais partie) attendait cette occasion pour améliorer le dispositif régie / studio et va intervenir avant son installation. Alors on met les fers à souder sous tension.

A l’usage, il est apparu nécessaire pour les animateurs présents en studio de savoir si leur micro est « ouvert ou fermé » : cela peut sembler anodin mais comporte le risque d’interventions non souhaitables à l’antenne, alors qu’on est en direct ! Certaines radios professionnelles ont recours à un boîtier lumineux indiquant [ON AIR] mais nous préférons un système basé sur des couleurs. En studio, on a installé 4 micros fixés à l’aide de flexibles sur un support descendant du plafond (pour éviter des bruits parasites transmis par le plancher). Sur ce support, on greffe un cylindre comportant des ampoules électriques de couleurs, ROUGE = Attention vous êtes à l’antenne !, VERT = vous pouvez vous défouler…

Pour rendre automatique le changement de couleur, on va intervenir sur la table de mixage : sur les entrées destinées aux micros, on place sous le curseur du potentiomètre linéaire un crochet réalisé en corde à piano (*) actionnant un microswitch muni d’un petit condensateur d’antiparasitage. Par un jeu de relais, dès qu’un des 4 micros est « ouvert » on passe du vert au rouge. Idem pour le micro du réalisateur en régie et coupure de l’interphone reliant le studio et la régie.

Le système des couleurs se révélera utile dès lors, qu’exceptionnellement, plusieurs personnes se trouvent dans le studio ou quand celles-ci ne sont pas familiarisées avec l’installation de la station. Plus souvent cependant, l’émission sera effectuée par une seule personne située en régie, ayant à gérer le passage des disques et leur présentation.

Face au stress engendré chez certains par la technique des matériels utilisés, des animateurs préférerons recourir aux services d’un réalisateur, pour pouvoir se consacrer pleinement à leur rubrique. Au bout de quelques émissions, ces 2 personnes séparées par la vitre, aurons mis au point une gestuelle efficace bien qu’improvisée sur le tas, résultat d’une certaine complicité.

(*) cette corde à piano n’est pas destinée à faire de la musique ! il s’agit d’une tige d’acier de 5/10. Les CàP sont couramment utilisées en modélisme pour actionner des pièces mobiles.

ESPIONNAGE et… INTOX

Nous vivons une époque assez particulière de l’univers des radios locales. Elles n’ont pas des années d’existence, nous n’avons pas de « modèle » à copier et tout est à imaginer, à créer, à innover, pour essayer de faire mieux que les autres radios d’où émulation et parfois recours à l’espionnite: on écoute les autres sachant qu’ils nous surveillent aussi ! L’installation de cette table de mixage et de quelques micros aurait pu être effectuée sans grande publicité, il suffisait de diffuser une bande magnétique, le magnéto étant directement relié à l’émetteur pour pouvoir travailler sur la partie « basse fréquence » de la radio.

Au contraire, nous optons pour une autre attitude …Tout au long de la journée, nous avons annoncé aux auditeurs qu’exceptionnellement nous cesserons d’émettre nos programmes habituels à partir de 20 heures pour améliorer notre installation. A l’heure indiquée, nous sommes 5 ou 6 « techniciens », le fer à souder à la main, prêts à faire feu ! Le passage de l’ancienne table de mixage à la nouvelle est effectué rapidement. Ensuite toutes nos interventions sur le matériel vont être diffusées à l’antenne, comme si on avait oublié de couper la HF

Durant 3 heures, les « techniciens » vont se faire les complices de cette comédie, multipliant les bruits parasites en tout genre, les essais commentés en direct, puis les branchements de nos nombreux micros :

«  tiens, le micro n°9 ne marche pas ! » On provoque un petit coup de larsen puis

«  c’est normal, les n° 9 à 12 n’étaient pas encore branchés »

«  Bon, le n°9 et 10, c’est ok mais je n’ai rien avec le n°11… »

«  je vais vérifier les soudures du jack… »

etc…

etc …

Nous n’avons pas besoin de 3 heures pour installer nos micros, nous n’en avons que 4 à brancher !

Au cours des jours suivants, parmi les visiteurs curieux de découvrir le local de la station radio et son installation, certains viendront sans doute pour noter les modifications effectuées …

RADIO LOCALE et …PRESSE LOCALE

Certains animateurs prenant l’antenne le matin ont quelquefois agrémenté leur prestation en donnant à l’antenne une info vue dans la presse. Nous sommes dans les années 80-90, les infos sont diffusées soit par les grandes radios nationales, soit par les journaux. Nous n’avons pas accès à internet, ce sera pour bien plus tard. Bien que l’animateur se soit limité à faire état d’un « gros titre » et n’avait pas l’intention de lire un article d’une page au micro, cela provoquera une réaction des professionnels de la presse écrite.

En langage de 2016, on parlerait de « recadrage ». Il en résulte que, n’ayant pas le statut de journalistes, nos animateurs n’ont pas à diffuser la moindre parcelle d’info glanée dans les quotidiens du kiosque à journaux. Et même si la taille des caractères utilisés pour la Une rende un gros titre lisible à 5 mètres ! Par contre, inciter l’auditeur à acheter le journal ne nous est pas interdit…

Dans le contexte des années 80, la presse écrite pouvait peut-être craindre la concurrence des radios locales. Qu’en est-il de nos jours ? Les médias se sont multipliés : Internet et la Télévision d’info en continu (BFM TV, I-télé et LCI) couvrent l’essentiel des besoins en infos nationales et internationales. La presse locale s’est rééquilibrée en traitant principalement les infos locales. Quant aux radios FM actuelles, diffusées au niveau national, elles se soucient plus de programme musical et de pubs pour ne donner, bien souvent, que 2 ou 3 flashes très brefs par jour.

A suivre : PUBLICITE et TRESORERIE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s